samedi 3 avril 2010

Les derniers jours du Christ














Le temps de la Passion puis de la Résurrection tient en une séquence courte sur laquelle s’accordent les évangélistes. La Cêne, le jeudi soir, la crucifixion, la mort, l’ensevelissement, le vendredi, le sabbat, le samedi, et la résurrection du lundi annonçant la bonne nouvelle et le souffle de l’Esprit saint.

Tout s’emmêle par la suite, Jean défend la non-coïncidence entre le repas de la Pâque juive et la Cêne tandis que les trois autres évangélistes tiennent absolument à cette confluence, comme si celle-ci était le lieu d’une substitution terme à terme accomplissant la Loi dans le règne de l’Amour.

Les récits de Jean et de Luc s’opposent donc, chez le premier l’esprit saint sépare élus et damnés, ceux dont les pêchés seront remis et ceux qui les verront retenus dans la colonne débit du Jugement dernier, chez le second, Jésus vient conclure la loi de Moïse, des prophètes et des psaumes, engage ses disciples à prêcher la conversion et le pardon des pêchés à commencer par Jérusalem, comme si le Temple conservait cette fonction centrale que n’ont jamais eu Qumram ou les esséniens, malgré Renan et ses successeurs.

Que les juifs soient au centre d’une prédication divergente, la livraison de Jésus à Pilate, sa présentation au peuple, la modulation d’une culpabilité qui ne fait aucun doute pour les évangélistes en témoignent.

Chez Matthieu les grands prêtres trompent le peuple et transgressent la loi en voleurs hypocrites et en brigands lapidaires, non seulement ils négocient avec Pilate un jour de Sabbat mais ils paient les gardes pour qu’ils mentent dès lors que le Messie a ressuscité. Chez Marc, ils glissent le nom de Barrabas, un émeutier, parmi la foule dont on connaît le caractère de Bête polycéphale depuis Platon. Le constat est simple, les grands prêtres infidèles à l’esprit de la Loi ont mené en mauvais bergers une troupe de brebis qui ne demandaient qu’à croire.

Jean, comme à son habitude plaide la rupture, le juif est corrompu, il n’a pas voulu voir, entendre et croire, il doit payer sa faute. Les juifs sont pressés de descendre Jésus de sa croix parce que le jour du sabbat approche, ils sont si hostiles et haineux que les disciples du Christ se barricadent dans une maison où Jésus leur apparaîtra, la foule juive choisit Barrabas contre le fils de Dieu, justement parce qu’il est un personnage vil, un criminel, un homme mauvais, ils sont vendus à Tibère, Pilate est un chic type trompé par des grands prêtres fourbes qui présentent Jésus comme un ennemi de César, tout est en place pour la venue du Démon à vrai dire assez absent du récit des trois autres évangélistes.

En effet Jean est le seul à faire mention, lors de la Cêne, d’une intervention démoniaque au moment où le Christ offre une bouchée à Judas. Quand Marc marque place l’eucharistie entre les deux pôles du reniement (de Pierre) et de la trahison (de Judas), Jean échafaude une sorte de trame allégorique autour des apparences opposant la bourse de Judas, fausse aumône et vraie trahison au geste du Christ lavant les pieds de ses disciples et les enjoignant à se purifier les uns, les autres, à commencer par Pierre.

Chez Luc, le Christ dira à ses disciples après la résurrection, vous en êtes les témoins donc les martyrs, chez Jean c’est le disciple qui voit et croit sans la médiation de la parole, comme une captation d’image dont on ne peut se défaire. L’esprit des disciples sur le chemin d’Emmaüs est bouleversé par la parole d’un homme qu’ils ne reconnaissent pas mais qu’ils invitent à rompre le pain avec eux, tandis que chez Jean, la vision et la croyance se tiennent de même que le toucher de Thomas enfonçant ses doigts dans les stigmates. Jean verse dans les arcanes d’une religion à mystères parce qu’il lutte contre le prestige des mages païens et les attire dans le fil d’un récit où les juifs sont écrasés sous la botte du sarcasme ou du mépris, les autres évangélistes entremêlent les fils du Logos et de son prestige, ceux de la rhétorique et le mystère d’une tradition juive à laquelle Tacite ne comprenait rien lui qui y voyait une contre-religion absolue, une sorte d’athéisme en acte.

J’avoue que la simplicité du récit de Matthieu est celle qui m’émeut le plus, l’Ange est là devant les sépulcres, il annonce aux deux Marie la bonne nouvelle, Jésus vient à leur rencontre, il n’y a pas d’aromates, de myrrhe, d’aloès, de bandelettes et de linge jeté dans un coin du tombeau, pas de jardin attenant au lieu de la Crucifixion, juste un trait de lumière sur une parole simple, « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

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